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Depuis le 1er janvier, aucun article sur uneautrevie.org.
Ce n’était ni un bug, ni une panne d’inspiration. C’était un choix.

Dans la nuit du 1er janvier, vers 1h30, un incendie a ravagé un lieu clos à Crans-Montana.
Quarante morts. Cent quinze blessés.
Des chiffres secs, presque obscènes tant ils peinent à contenir ce qu’ils recouvrent : des vies fauchées, des familles brisées, des corps qui luttent encore sur des lits d’hôpital.

Face à cela, la tentation est grande : commenter vite, analyser à chaud, remplir l’espace. Le vacarme médiatique adore les drames, surtout quand ils brûlent.
J’ai préféré le silence. Parce que le respect, parfois, c’est aussi savoir se taire.

La colère, elle, n’a pas besoin de délai

Mais le silence ne suffit pas. Il y a la colère. Une colère froide, tenace, presque administrative tant elle revient, tragédie après tragédie.

Encore un incendie.
Encore un lieu fermé.
Encore des issues de secours insuffisantes, des matériaux douteux, des normes traitées comme des options facultatives.
Encore cette question qui revient comme un boomerang mal lancé : comment est-ce possible ?

La réponse est rarement simple. Et surtout, elle est collective.

Coupables… tous, un peu

Nous sommes coupables de voyeurisme, d’abord. On regarde, on partage, on commente, parfois sans même s’en rendre compte. Ce n’est pas joli, mais c’est humain. Comme ralentir devant un accident : on n’en est pas fier, mais on le fait.

Nous sommes coupables politiquement, aussi. À force d’élire – ou de tolérer – des responsables qui contrôlent mal, ou pas assez, parce que contrôler coûte, parce que déranger est impopulaire, parce que fermer un établissement est toujours une “mauvaise nouvelle”.

Nous sommes coupables économiquement, enfin. Pour avoir laissé s’installer l’idée que la sécurité est une charge, un frein, une ligne de coût à rogner. Comme si la prévention était un luxe et non une condition minimale de civilisation.

Et sans doute sommes-nous coupables d’autres choses encore. L’aveuglement, la fatigue démocratique, la résignation. Cette petite voix intérieure qui murmure : ça n’arrive qu’aux autres. Jusqu’au jour où ce n’est plus vrai.

Dire sans parler pour ne rien dire

Je m’associe à toutes celles et ceux qui ont perdu un être cher, à celles et ceux qui veillent un enfant, un ami, un parent, dans l’angoisse et l’attente.
Ma tristesse est immense. Ma colère aussi. Et les mots, face à cela, sonnent toujours creux.

Alors j’écris peu. Je refuse les formules toutes faites. Je me méfie des hommages automatiques et des promesses “qu’on fera toute la lumière”. La lumière, on la connaît déjà. Elle éclaire surtout nos renoncements.

Ce texte n’est ni une enquête, ni un réquisitoire.
C’est un temps d’arrêt.
Un rappel brutal que la sécurité n’est jamais acquise, qu’elle se construit, se contrôle, se finance — ou qu’elle disparaît, parfois dans les flammes.

Le reste viendra plus tard.
Aujourd’hui, il n’y a rien à expliquer.
Il n’y a qu’à se souvenir. Et à ne pas oublier pourquoi cette colère est légitime.

 

Crans-Montana: Silence and Anger

There has been no article on uneautrevie.org since January 1st.
That was not an oversight. It was deliberate.

In the early hours of January 1st, around 1:30 a.m., a fire tore through an enclosed venue in Crans-Montana.
Forty people were killed. One hundred and fifteen were injured.
Cold numbers. Brutal numbers. Numbers that fail to contain what they represent: lives cut short, families shattered, bodies still fighting for survival in hospital rooms.

In moments like these, the world rushes to speak. To comment, to analyse, to occupy space. Tragedy is irresistible to the noise machine.
I chose silence instead. Because sometimes, respect means knowing when not to speak.

Anger, however, needs no waiting period

Silence alone is not enough. There is anger — calm, stubborn anger — the kind that returns every time history repeats itself.

Another fire.
Another enclosed space.
Once again, insufficient emergency exits, questionable materials, safety rules treated as optional suggestions rather than non-negotiable obligations.
And always the same weary question: how could this happen?

The answer is never simple. And it is never individual.

We are all, in part, responsible

We are responsible as spectators first. We watch, we share, we comment. Sometimes compulsively. It is not admirable, but it is human. Like slowing down to look at a crash — shameful, yet instinctive.

We are politically responsible as well. For repeatedly entrusting power to leaders who fail to enforce controls, or who choose not to look too closely. Because inspections cost money. Because shutting down unsafe venues is unpopular. Because prevention rarely wins elections.

We are economically responsible, too. We have allowed the idea to settle that safety is a burden — an expense to be minimised — rather than the bare minimum of a functioning society.

And no doubt we are responsible in other ways: complacency, democratic fatigue, resignation. That quiet inner voice whispering, it won’t happen to us.
Until it does.

Speaking without empty words

My thoughts are with all those who have lost someone, and with those sitting beside a hospital bed, waiting, hoping, fearing — parents, children, friends.
My sadness is profound. My anger just as strong. And words, in moments like this, always feel inadequate.

So I write carefully. I distrust ready-made phrases and automatic tributes. I am wary of official promises to “shed full light on what happened”.
The light is already there. It mostly illuminates our collective failures.

This is not an investigation.
It is not a verdict.

It is a pause.

A reminder that safety is never guaranteed. It is built, inspected, enforced, funded — or it erodes, sometimes ending in flames.

There will be time later for analysis.
Today, there is nothing to explain.
Only to remember — and to refuse to forget why this anger is justified.