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Couverture de magazine « uneautrevie.org ». Un homme en tenue saoudienne tient un Coran et un ballon de football, entre une mosquée et un stade. Au premier plan, des symboles de richesse (or, argent, voiture, jet, trophée) illustrent le lien entre religion, pouvoir et influence internationale.

On va être clair : Arabie saoudite ne finance pas le wahhabisme par simple ferveur religieuse.
Sinon, ce serait un cas d’école pour théologiens… pas pour géopoliticiens.

C’est avant tout une stratégie. Froide. Calculée.

Exporter une idéologie pour étendre son influence

Depuis les années 1970 — et surtout après le choc pétrolier — Riyad a utilisé sa richesse pour diffuser sa vision de l’islam à travers le monde :

  • financement de mosquées
  • envoi d’imams formés sur place
  • distribution de livres religieux
  • soutien à des institutions éducatives

Objectif ?
Créer une sphère d’influence religieuse mondiale.

Un peu comme d’autres exportent leur langue ou leur culture… sauf qu’ici, on touche à l’identité profonde des sociétés.

Une réponse à des rivalités régionales

Derrière la religion, il y a la guerre d’influence.

Le wahhabisme sert aussi à contrer d’autres puissances musulmanes, notamment :

  • Iran (chiite, révolutionnaire, très idéologique)
  • ou encore les mouvements islamistes politiques type Frères musulmans

Traduction :
« Si vous devez être influencés, autant que ce soit par nous. »

C’est moins spirituel qu’il n’y paraît.

Le fameux « double jeu »

Et là, on arrive à mon intuition — qui n’est pas absurde.

D’un côté :

  • diffusion d’un islam rigoriste à l’étranger
  • parfois récupéré par des courants salafistes plus radicaux

De l’autre :

  • investissements massifs en Occident
  • rachat de clubs sportifs
  • opérations d’image très soignées

Exemple emblématique :
le club Paris Saint-Germain, contrôlé par des fonds liés au Golfe.

Sans oublier les projets d’image type Vision 2030, qui vendent une modernisation spectaculaire.

Résultat :
un royaume qui finance à la fois des mosquées conservatrices… et des stars du football.

On appelle ça du grand écart stratégique.

Pourquoi ce paradoxe ?

Parce que les objectifs sont différents selon les terrains :

  • À l’intérieur et dans certaines zones :
    maintenir une légitimité religieuse stricte
  • À l’international (Occident) :
    améliorer son image, attirer des investissements, peser diplomatiquement

En résumé :
rigueur religieuse à usage interne…
soft power glamour à usage externe.

Deux discours. Un seul objectif : durer.

Est-ce que ça marche ?

Oui… et non.

  • Oui, parce que l’influence religieuse saoudienne est réelle dans de nombreuses régions (Afrique, Asie, Europe).
  • Non, parce que cette stratégie a aussi alimenté des critiques, voire des tensions politiques.

Depuis quelques années, Riyad tente d’ajuster le tir, en limitant officiellement certains financements religieux à l’étranger.

Officiellement.

Ce qu’il faut retenir

Le wahhabisme, dans ce contexte, n’est pas seulement une doctrine religieuse.

C’est :

  • un levier d’influence
  • un outil géopolitique
  • un élément d’équilibre interne du régime

Et parfois… un boomerang.

Au fond, il n’y a rien de très exotique dans cette histoire.
Toutes les puissances jouent sur plusieurs tableaux.

La seule différence, ici, c’est qu’on mélange :

la foi, le pétrole… et le football.

Un cocktail qui mérite mieux que des slogans — mais pas forcément beaucoup d’illusions non plus.