Il fut un temps où le démarchage téléphonique était déjà pénible.
Un commercial mal payé, un script mal appris, et votre soirée était interrompue pour vous vendre une chaudière ou une assurance.
C’était agaçant.
Aujourd’hui, c’est pire.
Parce que désormais, ce ne sont plus des humains qui appellent.
Ce sont des machines.
Et elles ne s’arrêtent jamais.
🤖 Des robots qui parlent, mais qui ne comprennent rien
Depuis quelque temps, une nouvelle génération de démarchage s’est imposée :
le télémarketing par intelligence artificielle.
Une voix synthétique, parfaitement polie, presque naturelle.
— Bonjour, je vous appelle concernant votre contrat…
— Bonjour, ne raccrochez pas, c’est important…
— Bonjour, nous faisons une étude…
On répond.
On explique qu’on n’est pas intéressé.
On raccroche.
Et le téléphone sonne à nouveau.
Parce qu’en face, il n’y a personne.
Juste un logiciel capable d’appeler des milliers de numéros par heure.
📞 Le harcèlement automatisé
Avec l’IA, le démarchage n’est plus une nuisance occasionnelle.
C’est devenu un système industriel.
Numéros différents.
Appels répétés.
Impossible de rappeler.
Impossible d’identifier clairement l’entreprise.
On bloque un numéro, dix autres apparaissent.
Ce n’est plus du commerce.
C’est du matraquage.
🚑 Même aux urgences, le robot appelle
Je rédige ces lignes depuis un service d’urgence hospitalier.
Ici, les téléphones ne sonnent pas pour vendre des abonnements.
Ils sonnent pour des vies.
Et pourtant, même ici, les appels automatiques arrivent.
Voix synthétique.
Script commercial.
Aucune conscience du lieu, du moment, ni de la situation.
Dans un service où chaque seconde compte,
un robot vous demande si vous êtes éligible à une offre énergétique.
J’ai signalé que je contestais ces appels,
et je continuerai à le faire,
quoi qu’il se passe.
Parce que si même les urgences ne sont plus épargnées,
c’est que quelque chose a sérieusement dérapé.
⚖️ Une loi en retard d’une technologie
Officiellement, le démarchage est encadré.
Listes d’opposition.
Horaires autorisés.
Obligation d’identification.
Sur le papier, tout est prévu.
Dans la réalité, les appels passent par des plateformes étrangères,
des numéros virtuels,
des systèmes automatisés impossibles à tracer.
Les règles ont été écrites pour des humains.
Pas pour des algorithmes.
Et comme souvent, la technologie avance plus vite que le bon sens.
🧠 Le vrai problème : la disparition du respect
Le démarchage par IA n’est pas seulement agaçant.
Il révèle quelque chose de plus profond.
On a remplacé la relation humaine par l’optimisation.
Le dialogue par le script.
Le respect par la statistique.
Vous n’êtes plus une personne.
Vous êtes une cible.
Et quand une société commence à traiter tout le monde comme une cible,
elle finit par ne plus voir personne.
Même pas dans un hôpital.
📵 Le droit d’être tranquille
On parle beaucoup de protection des données.
De cybersécurité.
De vie privée.
Mais il existe un droit plus simple.
Le droit de ne pas être dérangé en permanence.
Le droit de ne pas recevoir dix appels par jour.
Le droit de ne pas parler à une machine.
Le droit de ne pas être sollicité sans l’avoir demandé.
Aujourd’hui, ce droit disparaît,
petit à petit,
au nom de l’efficacité.
✍️ Conclusion
Le démarchage téléphonique par IA est peut-être légal.
Mais quand il arrive jusque dans un service d’urgence,
il cesse d’être acceptable.
On nous parle de progrès.
On nous parle d’innovation.
On nous parle d’intelligence artificielle.
Mais une technologie incapable de comprendre
qu’il y a des lieux où l’on ne dérange pas
n’est pas intelligente.
Elle est seulement rentable.
Et parfois, ça devrait suffire
pour dire stop.