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Les États-Unis imposent de lourdes taxes aux navires chinois : un tournant dans le commerce maritime mondial

Le CMA CGM Benjamin Franklin au port de Long Beach pour son inauguration en février 2016. Crédit photo : Port de Long Beach

Washington riposte face à la domination chinoise du transport maritime

Le Bureau du représentant américain au commerce (USTR) a récemment dévoilé une série de mesures radicales pour contrer l'influence grandissante de la Chine dans les secteurs maritimes mondiaux. Parmi ces propositions, l'instauration de taxes portuaires allant jusqu'à 1,5 million de dollars par escale pour les navires construits en Chine et 1 million de dollars par escale pour les opérateurs exploitant ces navires. En outre, une obligation croissante d'expédition sous pavillon américain est prévue, marquant un véritable bouleversement des règles du commerce maritime international.

Cette initiative intervient après une enquête de l'USTR menée en vertu de la section 301 du Trade Act, qui a conclu que les pratiques chinoises faussent la concurrence mondiale et entravent les échanges américains. Cette enquête a été ouverte en mars 2024 à la suite d'une pétition de cinq grands syndicats américains, dont les United Steel Workers et le Maritime Trades Department de l'AFL-CIO .

Une domination chinoise sans précédent

L'enquête a mis en lumière la montée en puissance de la Chine dans l'industrie maritime mondiale :

  • Production de navires : en 1999, la Chine ne représentait que 5 % de la construction navale mondiale ; en 2023, elle en contrôlerait plus de 50 % .
  • Infrastructure logistique : la Chine détient 95 % de la production mondiale de conteneurs et 86 % des châssis intermodaux nécessaires au transport.
  • Flotte commerciale : en janvier 2024, les navires chinois représentaient plus de 19 % de la flotte commerciale mondiale.

Le rapport de l'USTR souligne que la Chine adopte une approche nationaliste et stratégique de la construction navale, définissant ce secteur comme une arme économique . Le gouvernement chinois accorde des subventions massives, des financements avantageux et des allègements réglementaires à ses entreprises, ce qui lui permet d'écraser la concurrence.

Les mesures américaines : un bouleversement du commerce maritime

Face à cette domination jugée excessive, Washington riposte avec un arsenal de mesures protectionnistes :

1. Des taxes dissuasives sur les navires construits en Chine

Les taxes proposées concernent tous les navires entrant dans un port américain :

  • Navires construits en Chine : jusqu'à 1,5 million de dollars par escale.
  • Opérateurs exploitant des navires chinois : jusqu'à 1 million de dollars par escale.
  • Frais additionnels pour les entreprises ayant des commandes en Chine : jusqu'à 1 million de dollars par escale.
  • Réductions pour les navires construits aux États-Unis : les opérateurs utilisant des navires américains pourraient recevoir un remboursement pouvant atteindre 1 million de dollars par escale .

2. Obligation d'utiliser des navires américains pour les exportations

Les États-Unis souhaitent progressivement rapatrier une partie de leur commerce maritime sous pavillon américain. La part des exportations transportées par des navires battant pavillon américain augmenterait progressivement :

  • 1 % dès la première année de mise en œuvre.
  • 3 % la deuxième année .
  • 5 % la troisième année (dont 3 % sur des navires construits aux États-Unis).
  • 15 % d'ici sept ans , avec une part obligatoire pour des navires fabriqués sur le sol américain.

Cette initiative vise à revitaliser le secteur de la construction navale aux États-Unis, en réactivant notamment le Fonds de revitalisation de la construction navale commerciale américaine , supprimé en 1982.

3. Restrictions sur la plateforme chinoise LOGINK

Une autre mesure concerne LOGINK , une plateforme chinoise de gestion logistique qui centralise les données sur le trafic maritime mondial. Washington craint que cette technologie ne permette à Pékin d'accéder à des données sensibles sur les routes commerciales américaines. L'USTR prévoit ainsi des restrictions ou une interdiction de LOGINK dans les ports américains.

Un impact majeur sur le commerce maritime mondial

Des conséquences pour les géants du transport maritime

Ces nouvelles taxes auront un impact considérable sur les compagnies maritimes, notamment celles qui dépendent fortement des chantiers navals chinois. CMA CGM , troisième plus grande compagnie maritime mondiale, a déjà exprimé son inquiétude.

« La Chine construite plus de la moitié de tous les portes-conteneurs du monde, cela aurait donc un impact significatif sur toutes les compagnies de transport maritime. »
Ramon Fernandez, Directeur financier de CMA CGM

CMA CGM exploite plusieurs terminaux portuaires aux États-Unis et possède des navires sous pavillon américain via sa filiale APL. Cependant, l'entreprise reste prudente quant aux conséquences de ces mesures sur Ocean Alliance , son accord de partage de navires avec COSCO (Chine).

Vers un nouvel équilibre géopolitique ?

Ces taxes portuaires s'inscrivent dans un contexte de tensions économiques croissantes entre Washington et Pékin. Elles pourraient :

  • Déstabiliser la chaîne d'approvisionnement mondiale , en rendant l'accès aux ports américains plus coûteux pour les transporteurs asiatiques.
  • Forcer les à revoir leurs routes commerciales , notamment vers des ports hors des États-Unis.
  • Provoquer des représailles chinoises , avec des restrictions similaires sur les entreprises américaines.

De plus, l'instabilité géopolitique joue un rôle clé dans cette équation. La mer Rouge , par exemple, reste un point de tension majeur, avec les attaques de militants houthis perturbant le trafic maritime. Un retour au calme après un éventuel cessez-le-feu à Gaza pourrait rééquilibrer les routes commerciales , mais aussi entraîner une surcapacité de navires , forçant les entreprises à se débarrasser des unités les plus anciennes .

Conclusion : Un pari risqué pour Washington

L'administration américaine tente de restaurer la compétitivité de son industrie navale , tout en limitant la dépendance aux infrastructures chinoises. Si ces taxes maritimes sont appliquées, elles marqueront un tournant majeur dans le commerce international , forçant les entreprises à s'adapter rapidement.

Cependant, les risques sont nombreux : perturbations de la chaîne d'approvisionnement, hausses des coûts logistiques et possibles représailles de Pékin . La question demeure : les États-Unis parviendront-ils à freiner la domination chinoise sans affaiblir leur propre commerce maritime ?

Une audience publique est prévue le 24 mars 2025 pour recueillir les réactions des acteurs du secteur, et une décision finale est attendue en avril 2025 .

Affaire à suivre.