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Illustration : Emmanuel Macron surplombe un groupe de citoyens réunis autour d’une table de travail, devant l’Assemblée nationale et un pont en réparation. Titre : « Monsieur le Président, voici ce que vous pourriez faire ». En bas, la signature uneautrevie.org.

Condamner les violences est nécessaire. Mais une allocution ne répare ni une vitrine, ni un budget familial, ni la confiance démocratique. Pour répondre à la question « Comment des Français peuvent-ils en arriver là ? », il faut aussi expliquer comment en sortir. Voici six propositions à mettre en débat.

Analyse et propositions — uneautrevie.org — 19 octobre 2026

Dans son allocution du 18 octobre, Emmanuel Macron demande comment des Français peuvent en arriver à détruire ce qui appartient à leur pays. Puis vient cette formule : « Rien ne le justifie, rien ne l’explique, rien ne l’excuse. » [1]

Une violence peut pourtant être injustifiable et avoir des causes. Les rechercher ne délivre aucun permis de casser. Cela permet de réfléchir aux moyens d’éviter que cela recommence.

Mais notre réponse serait incomplète si elle s’arrêtait là. Reprocher au président de manquer de solutions nous oblige à en proposer nous-mêmes.

Les mesures qui suivent sont des choix politiques, pas un programme déjà chiffré. Leur efficacité devra être évaluée. Elles ne prétendent pas expliquer les motivations individuelles des auteurs de violences, que les enquêtes devront établir.

1. Réparer vite, enquêter sérieusement

La première urgence concerne ceux qui ont subi les destructions : habitants, commerçants, agents publics, communes. Ils n’ont pas à attendre que les responsables politiques aient terminé de se rejeter la faute.

Nous proposons un guichet unique temporaire dans les territoires touchés. Sa mission serait précise : aider à constituer les dossiers, coordonner les interlocuteurs et suivre les réparations. Des avances publiques encadrées pourraient être envisagées lorsque l’attente d’une indemnisation menace la survie d’une activité, avec des règles empêchant les doubles remboursements.

Il faudrait publier un calendrier de remise en état des équipements publics et rendre compte des retards.

En parallèle, les enquêtes doivent établir les responsabilités individuelles. Un retour d’expérience indépendant devrait également examiner l’anticipation des troubles et les décisions prises pour protéger les personnes et les bâtiments. Ses conclusions seraient rendues publiques dans les limites nécessaires à la protection des enquêtes et des informations sensibles.

L’objectif est double : réparer les dommages et apprendre des défaillances. Une condamnation solennelle ne remplace aucune de ces tâches.

2. Aider ceux qui ne peuvent pas réduire leurs dépenses contraintes

Face à une hausse des dépenses énergétiques, la tentation est grande d’annoncer une remise générale. C’est simple à raconter. Le ciblage demande davantage de travail.

Nous proposons plutôt une aide temporaire fondée sur les revenus et la dépendance réelle à un véhicule : travail, soins, obligations familiales, absence d’alternative raisonnable. Son montant diminuerait progressivement selon les ressources, pour éviter qu’un faible écart de revenu fasse perdre brutalement tout soutien.

Une étude récente de l’Insee en Centre-Val de Loire souligne l’exposition particulière des ménages modestes et ruraux aux dépenses de carburant. Ce résultat régional ne décrit pas toute la France, mais il éclaire la nécessité de prendre en compte les situations concrètes. [2]

L’aide devrait être aussi automatique que possible à partir des informations administratives disponibles, avec une procédure accessible pour les situations mal identifiées.

Son coût, sa durée et son financement devraient être annoncés ensemble. Une mesure temporaire devrait aussi comporter une date de réexamen.

À plus long terme, il faudrait réduire cette dépendance : transports adaptés aux horaires de travail, covoiturage organisé, services de proximité. On ne remplace toutefois pas une voiture indispensable le lundi matin par une promesse de mobilité pour 2030.

3. Donner une suite obligatoire à la parole citoyenne

Une consultation n’a de valeur que si l’on sait ce que deviennent ses résultats.

Nous proposons des assemblées territoriales associant citoyens tirés au sort, élus, associations, syndicats et professionnels concernés. Elles travailleraient sur un mandat limité : retenir trois priorités, examiner les solutions et rendre visibles leurs coûts et leurs contraintes.

Le tirage au sort devrait être conçu pour représenter différentes situations sociales et territoriales. Les participants auraient besoin d’informations contradictoires, de temps et d’un accompagnement indépendant.

Surtout, l’autorité compétente devrait répondre publiquement sous trois mois : proposition retenue, modifiée ou refusée, avec justification. Les sujets relevant de décisions nationales devraient ensuite être examinés au Parlement.

Cela ne donnerait pas à quelques centaines de citoyens le pouvoir de décider pour tous. Cela créerait une obligation de considération et de réponse.

Des passerelles existent déjà : la Cour des comptes recueille des propositions citoyennes de sujets de contrôle et publie des travaux issus de certaines contributions. [3] Nous proposons d’appliquer cette logique de traçabilité au dialogue politique.

Écouter doit produire une réponse vérifiable, même lorsque cette réponse est un refus argumenté.

4. Remplacer la « priorité jeunesse » par des engagements précis

Il faut choisir quelques engagements réalisables et leur affecter des moyens.

Premier chantier : inventorier les logements étudiants publics vacants, expliquer les raisons de leur indisponibilité et financer les remises en état réalisables. Il ne s’agit pas de prétendre que chaque logement vide pourrait être occupé demain, mais de distinguer les obstacles techniques, financiers et administratifs.

Deuxième chantier : simplifier l’accès aux aides étudiantes, annoncer des délais de traitement et organiser un recours humain lorsque les dossiers se bloquent.

Troisième chantier : proposer aux jeunes qui quittent une formation sans solution un interlocuteur identifié, capable de les orienter et de suivre effectivement leur parcours.

Les résultats devraient porter sur les logements remis à disposition, les délais de réponse et les parcours vers une formation ou un emploi durable. Compter seulement les rendez-vous et les dossiers ouverts risquerait de récompenser l’activité administrative plutôt que son utilité.

Une politique de jeunesse doit pouvoir être jugée par les jeunes auxquels elle s’adresse.

5. Réparer l’accès aux services publics, territoire par territoire

La confiance se joue aussi dans des expériences ordinaires : obtenir une réponse, accomplir une démarche, accéder à un soin ou trouver un transport.

Chaque bassin de vie pourrait identifier, avec ses habitants, trois difficultés prioritaires. Les collectivités, les services de l’État et les organismes concernés négocieraient ensuite un plan assorti de moyens et d’objectifs publics.

Selon les besoins, cela pourrait prendre la forme d’une permanence physique, d’un service itinérant, d’un transport à la demande ou d’une meilleure coordination entre administrations.

Le numérique peut faciliter la vie. Il doit aussi laisser une porte ouverte à ceux qui ne parviennent pas à l’utiliser. Un formulaire inaccessible ne devient pas un service parce qu’il est disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Ce chantier exige du personnel, des compétences et du financement. La bonne méthode consiste donc à établir les priorités et à publier les étapes, plutôt qu’à promettre partout la même amélioration immédiate.

6. Rendre les engagements du pouvoir contrôlables

Pour chaque mesure de sortie de crise, une fiche publique devrait préciser l’objectif, le coût estimé, le financement, l’échéance, le responsable et les résultats.

Tous les trois mois, le gouvernement présenterait un bilan au Parlement. Les retards et les échecs devraient être expliqués. Les évaluations indépendantes seraient publiées, y compris lorsqu’elles contredisent la communication officielle.

La même exigence devrait s’appliquer aux dépenses fiscales et aux aides publiques importantes : objectif poursuivi, bénéficiaires, résultats et justification de leur maintien.

Leur réexamen pourrait dégager des ressources. Il serait toutefois malhonnête de financer à l’avance toutes nos propositions par des économies encore hypothétiques. Certaines mesures nécessiteront des redéploiements ; d’autres poseront un choix explicite entre recettes supplémentaires, dépenses nouvelles et renoncement à d’autres priorités.

La crédibilité commence quand on accepte de montrer la facture et les arbitrages.

Un pacte de cent jours, puis des comptes à rendre

Cent jours ne suffisent pas à réparer une société. Ils peuvent suffire à démontrer une volonté de changer de méthode.

Nous proposons trois engagements pour cette première période : rendre opérationnel l’accompagnement des victimes et les premières réparations ; adopter un soutien matériel ciblé avec son financement ; lancer les assemblées territoriales avec un calendrier de réponse fixé dès leur création.

Les réformes du logement, des transports et des services publics se poursuivraient ensuite, avec des étapes publiques et des évaluations régulières.

Aucune de ces propositions ne garantit la disparition des violences. Certaines relèvent de logiques que l’action sociale ne suffit pas à prévenir. Les auteurs restent responsables de leurs actes.

Mais le rôle du pouvoir ne se limite pas à sanctionner les transgressions. Il consiste aussi à faire fonctionner les voies démocratiques permettant de résoudre les conflits.

Les citoyens doivent pouvoir constater qu’une mobilisation pacifique, une proposition collective ou une démarche ordinaire peuvent obtenir un résultat.

Monsieur le Président, demander comment des Français peuvent en arriver là est légitime. Expliquer comment les institutions peuvent les aider à en sortir relève de votre responsabilité.

La confiance ne se réclame pas. Elle se reconstruit par des décisions dont chacun peut vérifier les effets.


Sources et méthode

Cet article distingue les faits documentés des propositions éditoriales. Les délais avancés sont des objectifs proposés. Les mesures nécessitent une expertise juridique, administrative et budgétaire avant leur mise en œuvre. Elles ne constituent pas une explication établie des motivations des auteurs de violences.

  1. Élysée — Adresse aux Français, 18 octobre 2026. Analyse fondée sur la transcription officielle.
  2. Insee — En Centre-Val de Loire, les ménages modestes et ruraux sont plus exposés aux prix des carburants. Étude régionale.
  3. Cour des comptes — Plateforme de participation citoyenne.