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Trump, Israël, Ukraine : la guerre sans condition

Donald Trump signe un décret

Quelques semaines seulement après son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump frappe fort en matière de politique étrangère. Selon des informations du Washington Post, le président républicain a révoqué une directive mise en place par son prédécesseur Joe Biden, qui exigeait des États-Unis de s’assurer que leurs armes vendues à l’étranger ne soient pas utilisées en violation du droit humanitaire international.

L’annulation de cette directive, connue sous le nom de NSM-20, intervient alors que Washington continue de fournir un soutien militaire massif à Israël, dans un contexte de guerre à Gaza, mais aussi à l’Ukraine, et à d’autres alliés stratégiques. Cette décision illustre une rupture nette avec la politique de précaution affichée sous Biden, et un retour assumé au pragmatisme militaire qui a marqué le premier mandat de Trump (2017-2021).

Une décision qui divise Washington

Le NSM-20, mis en place en février 2024, était une réponse aux pressions de l’aile progressiste du Parti démocrate, qui dénonçait l’utilisation d’armes américaines par Israël dans la bande de Gaza. Cette directive imposait aux pays bénéficiant d’une aide militaire américaine de fournir des garanties crédibles et fiables quant au respect des droits humains.

Mais cette approche a toujours suscité des tensions au sein de l’appareil d’État américain, notamment parmi les Républicains et certains hauts responsables du Pentagone, qui la considéraient comme une entrave inutile à la coopération militaire avec les alliés stratégiques des États-Unis.

🔹 Pour les partisans de Trump, comme le sénateur républicain Jim Risch, cette directive affaiblissait la position des États-Unis et servait uniquement à « embarrasser Israël » pour des raisons politiques. Il a salué la révocation comme une « excellente nouvelle », affirmant que « l’Amérique est de retour » sur la scène internationale.

🔹 Pour ses opposants, notamment des diplomates ayant servi sous Biden, l’abandon de NSM-20 envoie un signal dangereux. Christopher Le Mon, ancien haut responsable des droits humains au département d’État, a déclaré au Washington Post que cette décision prouvait que le gouvernement Trump « ne se soucie tout simplement pas de la manière – même illégale ou immorale – dont les armes américaines sont utilisées ».

Israël, Ukraine, Moyen-Orient : un feu vert à la militarisation

L’abandon de NSM-20 ne concerne pas uniquement Israël. Cette directive avait conduit à la publication d’un rapport controversé en mai 2024, qui soulevait des préoccupations sur l’utilisation d’armes américaines non seulement par Israël, mais aussi en Colombie, en Irak, au Kenya, au Nigeria, en Somalie et en Ukraine.

Le fait que Trump supprime ce cadre de contrôle ouvre la voie à une politique d’exportation d’armes plus agressive, où les considérations stratégiques et commerciales primeront sur les questions de droit humanitaire.

1. Israël : un soutien inconditionnel renforcé

Sous Biden, malgré les critiques sur l’usage d’armes américaines à Gaza, Washington n’avait jamais suspendu l’aide militaire à Israël. Cependant, la directive NSM-20 représentait une pression symbolique qui obligeait Tel-Aviv à répondre aux accusations d’atteintes aux droits humains.

Avec Trump, cette contrainte disparaît. Israël pourra désormais utiliser l’armement américain sans avoir à se justifier, ce qui pourrait intensifier les combats et accentuer la crise humanitaire à Gaza.

2. Ukraine : une pression accrue sur l’Europe

Depuis 2022, Washington est le principal fournisseur d’armes à l’Ukraine face à l’invasion russe. Mais Trump a toujours été sceptique quant au soutien américain à Kiev, critiquant l’OTAN et appelant les Européens à prendre davantage de responsabilités.

En supprimant la directive NSM-20, Trump pourrait faciliter l’envoi d’armes à l’Ukraine sans restriction, tout en exigeant des contreparties plus importantes de la part des Européens, notamment un engagement financier accru dans l’effort de guerre.

3. Moyen-Orient et Afrique : un blanc-seing pour les régimes autoritaires

L’administration Biden avait tenté, avec modération, d’encadrer la livraison d’armes à certains pays où des violations des droits humains étaient documentées, notamment en Arabie saoudite, en Égypte et au Nigeria.

Avec Trump, la priorité redeviendra le renforcement des alliances militaires stratégiques, sans conditionnalité démocratique. Cette approche pourrait raviver des conflits locaux en fournissant davantage d’armes à des régimes répressifs ou à des armées engagées dans des guerres civiles.

Une industrie de l’armement en plein essor

Derrière cette décision politique se cache un enjeu économique majeur : le commerce des armes est l’un des secteurs les plus lucratifs des États-Unis.

🔹 En 2023, les exportations d’armes américaines ont atteint près de 80 milliards de dollars, avec une forte augmentation vers l’Europe et l’Asie.
🔹 Israël, l’Arabie saoudite et l’Égypte font partie des principaux acheteurs d’armement américain.
🔹 L’industrie de la défense, avec des géants comme Lockheed Martin, Raytheon et Boeing, joue un rôle clé dans l’économie américaine et dans le financement des campagnes électorales.

Le NSM-20 constituait une contrainte pour ces entreprises, car il limitait certaines ventes et obligeait à des justifications administratives. En le supprimant, Trump permet une accélération du commerce des armes, ce qui ravira le complexe militaro-industriel.

Vers une militarisation accrue des conflits ?

La révocation de la directive NSM-20 pose une question fondamentale : les États-Unis doivent-ils contrôler l’usage des armes qu’ils exportent, ou doivent-ils adopter une approche purement transactionnelle ?

En revenant à une politique sans restriction, Trump prend le pari d’un rapprochement stratégique avec Israël et d’autres alliés militaires, mais il fait aussi courir le risque d’une escalade des conflits et d’une augmentation des violences contre les civils.

🔴 L’Europe devra s’adapter : face à un Trump qui privilégie les rapports de force, les alliés européens devront choisir entre suivre cette ligne dure ou tenter de maintenir une politique plus encadrée.
🔴 Les tensions géopolitiques pourraient s’aggraver : la Chine et la Russie pourraient réagir en renforçant leurs propres exportations d’armes vers leurs alliés respectifs, notamment en Afrique et au Moyen-Orient.
🔴 Un recul du droit humanitaire : en reléguant au second plan les considérations éthiques, les États-Unis ouvrent la voie à une généralisation des conflits armés où la puissance militaire prime sur toute autre considération.

Avec cette décision, Trump affirme clairement que l’Amérique ne veut plus jouer les arbitres moraux sur la scène internationale. Une approche qui pourrait avoir des conséquences profondes sur l’équilibre mondial dans les années à venir.