BAISSE DU CHÔMAGE ? LA COMMUNICATION ORIENTÉE DU GOUVERNEMENT

De nouveau, le gouvernement s’est félicité des derniers chiffres du chômage, qui apparaissaient en baisse. En réalité, et bien que la reprise de l'emploi pour certaines catégories de chômeurs soit réelle, on note une hausse significative des radiations et une augmentation de la précarité de l'emploi. De même, le nombre d'inscrits à Pôle emploi se situe toujours à des niveaux historiquement hauts. Une fois de plus, les chiffres apparaissent largement décorrélés du réel à la faveur d'une propagande clémente envers la politique économique du gouvernement. Pire, certains indicateurs avancés semblent indiquer que la situation de l’emploi est en train de se retourner. Il conviendra d’observer de près la situation dans les prochains mois.
 

chiffres du chômage 2022

Selon Pôle emploi, en décembre 2022, le nombre de chômeurs en « catégorie A » est en légère hausse. Le nombre de chômeurs au sens large (catégories A à E) a baissé de 0,4 %, soit 26 000 chômeurs. Le nombre d’intérimaires a quant à lui baissé de près de 1 500.
Si l’on considère l’ensemble des catégories définies par Pôle Emploi, depuis trente ans, le nombre de chômeurs en France a augmenté significativement, particulièrement depuis la crise de 2008 : il est en effet passé de 4 millions à près de 7 millions d’inscrits en 10 ans, avant de retomber au niveau actuel de plus de 6 millions.


La seule « Catégorie A », dont on parle généralement dans les médias, comptabilise toujours 3,0 millions de chômeurs.
Ces chiffres posent cependant différents problèmes statistiques. Le premier saute aux yeux. On note que s’est développé depuis le début des années 2010 un phénomène pernicieux : une forte décorrélation entre le nombre de chômeurs en Catégorie A, qu’on peut résumer comme des « personnes sans emploi qui en recherchent un » et celui des chômeurs selon la définition du BIT (Bureau International du Travail) qui est utilisée pour les comparaisons internationales.

Le BIT définit en effet de façon plus restrictive les chômeurs comme des « personnes sans emploi disponibles pour en accepter un rapidement ». Concrètement, alors qu’ils sont bien des chômeurs de catégorie A, ni les chômeurs en formation ou en maladie, ni les chômeurs proches de la retraite dispensés de recherche d’emploi ne sont considérés comme chômeurs par le BIT.

Le BIT classe d’ailleurs certains de ces chômeurs dans ce qu’il appelle le « halo du chômage », c’est-à-dire des quasi-chômeurs, mais ce chiffre ne nous est jamais présenté par les médias. Si on rajoute les personnes découragées et celles qui travaillent à temps partiel, mais voudraient un temps complet, on retrouve des chiffres cohérents avec ceux de Pôle emploi ; on constate alors aussi que la situation de l’emploi est à des plus hauts historiques, et que, contrairement aux discours osant parler « d’objectif de plein emploi », la situation se dégrade fortement depuis 2019.


Ceci pose un vrai problème, car l’INSEE utilise cette définition restreinte du BIT pour calculer le taux de chômage, que la plupart des médias et des dirigeants politiques reprennent. Le taux de chômage n’est donc pas de 7 %, mais plutôt de 10 %. Et si l'on prend tous les inscrits à Pôle emploi, on est à près de 20 % ! Pire, si on rajoute les découragés, et qu’on s’intéresse au seul secteur privé (la population de fonctionnaires titulaires étant peu touchée par le chômage), c’est sans doute près de 30 % des salariés qui vivent ces situations de chômage ou quasi-chômage — et c’est bien entendu sans parler des emplois précaires.


Dans les faits, l’évolution très favorable du taux de chômage façon BIT, que les médias n’ont cessé de présenter comme une réussite gouvernementale, n’a pas été suivie par une baisse aussi forte du taux de chômage Pôle emploi. Un nombre croissant d'inscrits en catégorie A ne sont plus comptabilisés par la définition du chômage au sens du BIT. Ainsi, en 2017, 44 % des inscrits en catégorie A à Pôle emploi n’étaient pas considérés comme chômeurs au sens du BIT. Ceci est en particulier lié aux politiques visant à pousser les chômeurs vers des formations et au vieillissement de la population active qui a multiplié les séniors sans emploi.

Au final, le niveau de chômage — qu’il soit mesuré par Pôle emploi ou le BIT — est donc encore supérieur à celui enregistré à la veille de la crise de 2008, ce qui illustre bien l’ampleur de cette crise, dont les conséquences sont encore largement visibles après des années de forte hausse. L’embellie semble cependant terminée, et le chômage est désormais reparti à la hausse avec le climat difficile qui s’ouvre.
Cette situation est le résultat d’une baisse récente des sorties de pôle Emploi, et du maintien d’une tendance haussière des entrées. Dit autrement, il y a moins de personnes qui parviennent à trouver un emploi et plus de nouveaux inscrits à Pôle Emploi.

Enfin, on entend souvent une idée reçue et donc fausse, selon laquelle « les chômeurs sont fainéants et refusent de nombreuses offres d’emploi qui ne trouvent pas preneur ». Si l'on s'intéresse au devenir des offres déposées à Pôle emploi, on constate que 86 % des offres d'emploi sont pourvues, ce qui représente 2,7 millions d’embauches, dont 60 % en CDI ou en CDD de plus de 6 mois.

Par ailleurs, 3 % des offres sont annulées, 5 % sont toujours en attente de trouver preneur, et 6 % sont abandonnées, ce qui représente seulement entre 250 000 et 400 000 offres chaque année — bien loin de quoi résorber le chômage…